Discours à l’occasion de l’Armistice
Hugo BIETS, échevin de l’enseignement et de la culture, Hôtel de Ville -Tongres, bulletin 4/2006
Madame le Bourgmestre, Monsieur le Bourgmestre honoraire, Monsieur le sénateur honoraire,
Messieurs les représentants des diverses autorités,
Mesdames et Messieurs les présidents, administrateurs et délégués des associations patriotiques,
Mesdames et Messieurs,
Aujourd'hui, c’est l'anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale.
Aujourd'hui nous commémorons tous ceux qui, au cours de cette Première Guerre mondiale mais aussi pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont souffert et lutté pour la liberté : pour la liberté personnelle EN notre pays et pour la liberté nationale DE notre pays.
Certains demandent parfois : une telle commémoration, tant d’années après la guerre, est-ce encore utile ? D’autres doutent carrément du sens à y apporter.
D’autres encore - et, Mesdames et Messieurs, ceci doit être dit - d’autres encore refusent complètement tout ceci ; ils le considèrent comme du patriotisme totalement démodé, comme le dernier hoquet, je dirais même l’ultime convulsion d’un Etat voué à la mort, d’un pays condamné à disparaître.
Je n'ai pas de boule de cristal. Je ne connais pas les secrets de l'avenir. Je ne sais ce qui va advenir de ce pays, de NOTRE pays, et encore moins maintenant qu’une nouvelle réforme de l'Etat est réclamée de plus en plus souvent et de plus en plus fort.
Ainsi donc encore une nouvelle réforme de l'Etat: après celle de 1970, après celle de 1980, après celle de 1988, après celle de 1993, après celle de 2001 !
Je ne sais ce qu’impliquera cette sixième réforme de notre Etat ni ce qu’elle apportera. Ce que je sais est que l'encre n’en sera pas encore séché que certains réclameront une septième réforme... en attendant une huitième. Car jamais la faim ne sera apaisée, jamais la voracité ne s’éteindra chez ceux qui ne se reposeront pas tant que ce pays, NOTRE pays, ne soit totalement dépecé - tant que ce pays, NOTRE pays, existera.
Je me demande parfois, si on arrive jusque là, ce qui adviendra alors des commémorations comme celle-ci ; ce qui adviendra alors du souvenir des soldats qui se trouvaient du bon côté dans ces deux Guerres mondiales, du souvenir des résistants qui ont effectivement combattu à ce moment-là l’extrême droite nationaliste, des invalides de guerre, des prisonniers politiques, des déportés vers les camps de prisonniers - et vers les camps d’extermination, de ceux qui ont été torturés et de nos compatriotes assassinés.
Je me demande parfois ce qui adviendra du souvenir de ces soldats belges francophones morts à Vreren, du souvenir de ces soldats belges, venant entre autres du Brabant wallon et du Hainaut, tombés à Lauw, du souvenir de ces deux jeunes de Tongres - Victor Baeten (à peine 18 ans) et Gerard Houbrechts (guère plus de 19 ans) - qui, en tant maquisards du Mouvement National Belge, furent exécutés à Glons un jour seulement avant la libération de leur ville, qui est aussi la nôtre .
Je me demande bien parfois SI - et dans quelle mesure - l'histoire de la guerre et de l'occupation ne sera pas alors réécrite.
Mesdames et Messieurs, je n’ai pas de boule de cristal. Je ne connais pas les secrets de l'avenir. Je ne sais pas ce qui peut encore advenir de notre pays. Mais ce que je sais, c’est que personne n'a le droit de parler en bien de l'INjustice des deux guerres, personne n’a le droit d’amoindrir la brutalité des deux occupations, personne n’a le droit d’ignorer l’angoisse d’un si grand nombre, de désavouer leur douleur, de nier leur détresse, d’oublier leur sacrifice.
Personne n'a ce droit. Et personne ne doit jamais obtenir ce droit.
Au nom de tous les innocents,
Au nom de tous nos anciens combattants et résistants que nous honorons aujourd'hui et qui, à ce moment-là, voulurent bien se trouver du bon côté. Au nom de tous ceux qui aujourd'hui, une fois de plus, ici et en tant d’autres lieux de notre pays, ont répondu à l'appel et sont venus rendre hommage à leurs camarades décédés.
Au nom de tous les nôtres, je vous remercie.
RETOUR
|